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The Dream Ends / La fin du rêve

An upublished scene / Une scène indite


a canoe
Digital edits by B.A. Lavoie

La semaine dernière, je vous ai présenté Darah, l’une de nos descendantes plasticumaines. Cette semaine, je m’inspire d’une légende québécoise : la chasse-galerie. David a exprimé son désir le plus profond à Aranelle. Le diable se cache-t-il sous ses traits angéliques ? David lui a-t-il vendu son âme ? Quand le rêve s’achève, le cauchemar commence.


La fin du rêve

Scène inédite de La Chasse-Galerie par A.B. Alabee

Ses yeux d’un saphir profond me figèrent alors qu’elle s’approchait du feu. Dans la nuit, des vagues se fracassaient sur les rochers tout près, mais nous avions installé notre bivouac au-delà de la ligne de marée. Les embruns iodés retombaient sur nous ; fraîches caresses dans notre cercle infernal. Je ne saurais dire si les flammes ou la vision fantomatique d’Aranelle causaient cette bouffée de chaleur qui me suffoquait. Subjugué par son teint lunaire et ses nattes de jais, je n’osais bouger et pourtant, toutes les fibres de mon corps me suppliaient de m’enfuir. Je remarquai à peine l’homme qui l’accompagnait. Il s’installa entre mes compagnons qui préparaient des branches pour griller les guimauves.


Elle s’assit près de moi, sa hanche souple contre la mienne. Son animalisme m’enrobait telle une étreinte brûlante. Ses lèvres pulpeuses s’approchèrent de mon oreille et elle murmura :

« Mon cher David, révèle-moi ton désir inavoué et je l’exaucerai. »


Un frisson glacial me secoua. L’espace d’un battement de cœur, le temps se suspendit, puis les éclats de rire de mes amis explosèrent autour de nous. Je ne tenais pas à lui avouer mes secrets, j’entrai donc dans son jeu et lui annonça d’un ton désinvolte :

« Je veux être riche, avoir du succès en affaires et vivre le bonheur marital. »


Elle se redressa en relevant un sourcil. Ses fins doigts grattèrent le lobe de son oreille gauche pendant quelques secondes.

« C’est bien vague. »


Je maintins mon visage de marbre en haussant la voix :

« C’est là mon seul désir. »


Elle détourna son regard pour jauger la réaction de mes compagnons qui, dans un silence stupéfait, nous observaient. Elle pouffa de rire et haussa les épaules. Ils reprirent aussitôt leurs conversations. Transformant son sourire en un masque féroce, elle agrippa mon poignet :

« Qu’à cela ne tienne. Tu seras riche, prospère et heureux si tu me donnes ton âme en échange. »


Je soutins son regard ardent jusqu’à ce qu’une lueur rouge traversât ses pupilles. Je me dégageai alors d’un geste brusque, mais personne ne remarqua ma réaction. Aranelle s’appuya contre moi en ronronnant :

« Qu’as-tu à perdre ? »

« Mon âme ! »

« Et à quoi te serre-t-elle ? »


À 21 ans, je ne m’étais jamais posé cette question. Digne enfant de la Révolution Tranquille, je n’avais reçu aucun endoctrinement religieux. Mes connaissances sur le sujet venaient des films d’horreur. Je m’esclaffai et sans penser davantage aux conséquences, je pris sa main tendue. Dès qu’elle enroula ses doigts autour de ma paume, j’eus un moment de panique :

« Et que comptes-tu faire de mon âme ? »


Elle resserra sa prise :

« Tu verras bien quand je viendrai la chercher ! »


Une lame entailla ma chair et je laissai s’échapper un cri de douleur. Les gouttes de sang qui tombèrent entre nous me glacèrent d’effroi. Son rire amusé s’amplifiait d’harmoniques sombres. Un sinistre pressentiment me saisit à la gorge puisqu’elle s’éloignait en suçant la paume de sa main. Son ami la rejoignit à l’orée de la forêt. La même lueur rouge traversa leurs yeux bleus lorsqu’ils nous firent leurs adieux. En voyant ma blessure, mes compagnons m’avouèrent qu’ils n’avaient osé vendre leur âme au diable…


Je frémis en posant la plume sur la page ouverte de mes réminiscences. Je ne me souvenais même pas que je possédais un cahier de notes en moleskine noir et une plume Mont-Blanc en or, le cadeau de Karana pour notre anniversaire de papier, il y a cinq ans déjà. Je n’ai jamais eu envie d’écrire mes mémoires, mais ce soir, seul, puisque je ne voulais pas passer une autre soirée insipide avec les amis fastidieux de Karana, je ressens ce désir irrépressible de les rédiger, en commençant par cette soirée du 24 juin 1997. Je frotte le bout de mes doigts contre ma paume et tâte la balafre, invisible maintenant, qui scella mon pacte avec Aranelle que je n’ai jamais revue.


Je n’ai certes pas eu recours à une intervention diabolique pour bâtir ma carrière scientifique, atteindre les hauts échelons de l’industrie pharmaceutique et trouver le bonheur auprès de Karana. Depuis 2004, je suis riche et comblé. Il ne me reste plus qu’à convaincre Karana de quitter notre loft New-Yorkais pour nous établir à Tokyo. Chose plus difficile à accomplir que je ne l’espérais puisqu’elle est sortie en claquant la porte lorsque je lui ai annoncé la bonne nouvelle cet après-midi. 


La sonnerie de l’interphone brise le silence. Je sursaute et m’empresse de traverser le salon vers la porte. Comme d’habitude, les clés de Karana se trouvent dans le bol sur la table. J’appuie sur le bouton en m’excusant avant que l’image d’une rouquine et d’un grand chauve se forme sur l’écran. J’interromps ma phrase en fixant les inconnus. La femme s’éclaircit la voix :

« Monsieur Duval ? »

« Oui. »


Elle montre son insigne du NYPD et sa carte d’identité. Mon cœur bat plus vite.


« Je suis la détective Kline du NYPD et voici mon collègue détective Barnes, nous aimerions vous parler s’il vous plaît. »


Mon sang se draine de mon corps. J’appuie sur le bouton, n’osant parler de crainte de restituer la pizza de mon dîner en solitaire. Mon esprit engourdi s’attache à l’image si parfaite de ma Karana, ses boucles noires, son petit nez retroussé, ses grands yeux bleus exprimant son optimisme continuel. Les coups à la porte et la voix insistante de la détective Kline me sortent de ma torpeur irrationnelle. Le bourdonnement de l’interphone attire mon attention sur mon index blanchi qui presse toujours le bouton.


Mes pas s’alourdissent, mes mouvements ralentissent alors que la porte semble s’éloigner. Je m’appuie contre le mur en tentant de prendre une longue respiration. Je n’ai pas la force de lever le bras pour saisir la poignée à portée de ma main. Dans le couloir, la détective Kline s’inquiète de mon état :

« Monsieur Duval, est-ce que ça va ? »


Je canalise toute mon énergie pour ouvrir la porte et les policiers me rattrapent puisque mes jambes flageolantes se dérobent sous moi. Ils me soutiennent vers le sofa et la détective Kline s’assied près de moi alors que son collègue se plante devant le foyer pour admirer les photos. Il soulève celle de Karana dans sa robe noir et or qu’elle portait durant le gala de charité du maire.


« Monsieur Duval ? »


Je tourne la tête vers la détective, mes yeux se mouillent de larmes.

« Je suis désolé de vous apporter de mauvaises nouvelles, mais nous avons besoin que vous nous accompagniez pour identifier… »


Une violente nausée monte, je bascule vers l’avant et la pizza s’étale sur le tapis rose en une mare sanguinolente. Elle parle des victimes d’une attaque à main armée, mais la seule personne que je puisse identifier à New York, c’est Karana.





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Bonne semaine!

 

Last week, I introduced you to Darah, one of our plasticuman descendants. This week, I’m inspired by a Quebec legend: The Damned Canoe. David expressed his deepest desire to Aranelle. Is the devil hiding under her angelic features? Did David sell his soul to her? When the dream ends, the nightmare begins.


The Dream Ends

Unpublished scene from The Damned Canoe by A.B. Alabee


Her deep sapphire eyes mesmerized me as she approached the fire. In the night, waves crashed on the nearby rocks, but we had set up our bivouac beyond the tide line. The iodized spray fell on us, a fresh caress in our infernal circle. I can’t tell if the flames or Aranelle’s ghostly vision caused this suffocating flush. Captivated by her pale complexion and jet-black braids, I did not dare to move, and yet, every fibre of my body begged me to flee. I scarcely noticed the man who accompanied her. He found a spot among my companions who were preparing branches to roast marshmallows.


She sat down next to me, her soft hip against mine. Her animalism enveloped me like a burning embrace. Her heart-shaped lips came close to my ear and she whispered:

“My dear David, reveal to me your unspoken desire and I will grant it.”


 An icy shiver travelled down my spine. For a heartbeat, time stood still, then the laughter of my friends burst around us. I didn’t want to tell her my secrets, so I played her game and spoke casually:

“I want to be rich, successful in business, and live married bliss.”


She straightened and raised an eyebrow as her thin fingers scratched her left earlobe for a few seconds.

“That’s very vague.”


I kept a stern face and spoke up:

“That is my only desire.”


She looked sideways to gauge the reaction of my companions who, in a stunned silence, were watching us. She shrugged and giggled; they resumed their conversations. Turning her laugh into a death stare, she grabbed my wrist:

“Never mind. You will be rich, prosperous, and happy if you give me your soul in exchange.”


I withheld her gaze until a red glow crossed her pupils. I shoved her to break the spell. No one noticed my reaction. Aranelle leaned against me, purring:

“What do you have to lose?”

“My soul!”

“And what does it mean to you?”


At 21, I had never asked myself this question. A worthy child of the Quiet Revolution, I hadn’t received any religious indoctrination. My knowledge on the subject came from horror movies. I laughed and without thinking about the consequences, shook her outstretched hand. As soon as she wrapped her fingers around my palm, I panicked:

“And what do you intend to do with my soul?”


She squeezed:

“You’ll see when I collect my dues!”


A blade dug into my flesh; I let out a cry of pain. Drops of blood fell between us and I froze as dark harmonics tainted her charming laugh. A sinister foreboding tightened my throat: walking away to join her friend at the edge of the forest, she was sucking her palm. The same red glow flashed through their blue eyes as they bade us farewell. Seeing my cut, my companions confessed that they had not dared to sell their souls to the devil…


I shudder as I put the pen on the open page of my reminiscences. I didn’t even remember that I owned a black moleskin notebook and a gold Mont Blanc pen; Karana’s gift for our paper anniversary, five years ago. I never wished to write my memoirs, but tonight – alone because I didn’t want to spend another insipid evening with Karana’s fastidious friends – I felt this irrepressible desire to do so, starting with that evening of June 24, 1997. I rub the tips of my fingers against my palm, tracing the invisible scar that sealed my pact with Aranelle whom I haven’t seen since then.


I certainly didn’t resort to diabolical intervention to build my scientific career, reach the upper echelons of the pharmaceutical industry, and find happiness with Karana. Since 2004, I have been rich and fulfilled. Now, I need to convince Karana to leave our New York loft and settle in Tokyo. Something more difficult than I hoped since she left slamming the door when I told her the good news this afternoon. 


The intercom chime breaks the silence. I jump and hurry across the living room toward the door. As usual, Karana’s keys are in the bowl on the table. I press the button apologizing before the image of a redhead and a tall bald man forms on the screen. Staring at the strangers, I suspend my sentence. The woman clears her throat:

“Mr Duval?”

“Yes.”


She shows her NYPD badge and ID. My heart beats faster.

“I’m Detective Kline and this is my partner Detective Barnes, we’d like to talk to you please.”


My blood drains from my body. I press the button to unlock the lobby’s door, not daring to speak for fear of vomiting the pizza from my lonely dinner. My numb mind clings to the perfect image of my Karana, her long black curls, her small pointy nose, her large blue eyes filled with optimism. The knocks on the door and the insistent voice of Detective Kline yank me from my irrational torpor. The hum of the intercom draws my attention to my whitened index finger still pressing the button.


My steps become heavier, my movements slow down as the door seems to move away. I lean against the wall trying to take a deep breath. Although the handle is within reach, I don’t have the strength to raise my arm to grab it. In the hallway, Detective Kline is worrying about my condition:

“Mr Duval, are you okay?”


I channel all my energy to open the door and the officers catch me as my wobbly legs yield. They support me to the sofa and Detective Kline sits next to me while her colleague stands in front of the fireplace to admire Karana’s picture. She was wearing her hugging black and gold dress for the charity ball at city hall.


“Mr. Duval?”


I turn my head toward Detective Kline; my eyes fill with tears.


“I’m sorry to bring you bad news, but we need you to come with us to identify…”


A violent nausea rises, I tip forward and the half-digested pizza spreads out on the pink carpet in a sanguine pool. She talks about a victim of a shoot-out, but the only person I can identify in New York is Karana.




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